« Célinette, on déménage… à Troyes, en Champagne ! ».
Au moment où raisonne cette phrase, nous sommes en 1989. J’ai 15 ans et comme toutes les jeunes filles de cet âge, je sais quasiment tout de la vie et notamment que « la province c’est trop nul parce que les gens ne sont pas à la mode ».

Aujourd’hui, nous sommes en 2006…
Ces dernières années, j’ai voulu en partir.
Je suis partie … en y gardant toujours un pied.
Je me plains régulièrement du peu de mouvement que génère la province… C’est pourquoi, je reviens inexorablement vers Paris.
Mais bon … quand même … Laissez-moi vous conter mes activités de ces 10 derniers jours, afin de vous en dire plus, sur la vie de ma jolie ville :

Vendredi dernier :

  • Course pour aller enregistrer une émission en direct, sur une radio locale…
  • Repas avec un de mes « boss » (moment très délicat : il me propose un pavé de bœuf aux morilles… les morilles : mon point faible … J’suis cuite, j’accepte ou non ? Il va pouvoir faire ce qu’il veut de moi… Ouf il est gay ! On fonce !).
  • Un tour chez le coiffeur histoire de se faire du bien.
  • Puis une course contre la montre, sac sur l’épaule, pour aller à Paris.
  • Au passage, je récupère ma sympathique collègue Anne, à la gare. Elle doit se rendre à une expo… Je la détourne et l’entraîne à la Pink Party (quel talent de persuasion n’est-il pas ?). Là, tremblotîte aiguë des genoux, car je dois faire quelques interviews. J’attends beaucoup des conseils professionnels de Patrick. Il me dit ne t’inquiète pas après quelques « Téquila rose » tu seras tout faire. Rassurée, j’accepte.

Le dimanche suivant :

  • Je file voir le boss aux morilles pour faire les derniers préparatifs pour le spectacle qu’il organise (j’interviens au niveau de la comm.) Là, je prends conscience qu’il va falloir que je trouve une réponse courte et précise pour répondre à la question : « tu fais quoi dans la vie ? » parce que « je suis juriste-sophro relaxologue-intervenante en université-chargée de projet en communication et je fais de l’aide aux devoirs » ça effraye un peu.
  • Choc dominical : à force de voir des poses d’extensions capillaires, j’ai envie d’essayer… Mon côté pitoune est décidément en plein boum !

Lundi :

  • Je bosse sur mes cours all day long + un capuccino en ville avec Pierre mon poto des beaux-arts de 60 ans… On parle peinture, et tutti quanti.

Mardi :

  • Levée 5h du mat. Je vérifie la cohérence de mes cours.
  • 8H30, j’engueule mes élèves. Trois heures et demie de droit plus tard, ils ripostent beaucoup moins… Ben oui le droit ça use.
  • Repas du midi, super drôle avec mes collègues d’université. J’achète un plat préparé qui ressemble à du vomi (mes collègues me le confirment) mais je le mange quand même. Le courage, tout ça.
  • Puis 3h de cours communication.
  • Retour chez moi 17h, je saute dans une robe (oui je suis championne de saut dans une tenue féminine depuis 1982). Puis course au théâtre de la ville pour travailler sur le spectacle. Tous se passe bien, on fait complet (1200 personnes). Pendant le final, je suis citée et je monte sur scène. Quelques minutes plus tard, pas peu fière, je demande à ma mère : « alors tu m’as vu sur scène ?». Elle me répond : « oui, j’ai vu le bas de ta robe »… Saloperie de mannequins, ça les amuse de se mettre devant moi, pffff !
  • Une heure plus tard, au cocktail, ma mère me dit pour la troisième fois que ma robe, elle est pas belle « tu ressembles à une vieille »… J’essaye de l’étrangler… Heureusement les petits fours arrivent (ça lui laissera la vie sauve). Trois coupes de champagne plus tard, je laisse tomber un petit four sur ma robe… Sandrine (une amie de confiance) m’aide à me débattre avec la crevette qui a échoué sur ma robe pied de coq.

Mercredi :

  • J’assiste à une superbe conférence de l’école du Louvre, donnée à la maison du patrimoine de Saint Julien, dans le cadre de la thématique « de haut en bas, affaires de mode ». Laurent Cotta, a donc le temps d’une soirée, délaissé le musée Galliera pour nous parler avec passions « des modes de la rue ».
  • Puis cours du soir aux beaux-arts (croquis de nus). Je regarde mes croquis et j’ai l’impression d’avoir dessiné avec mes pieds. Je prends donc la ferme décision de sécher la deuxième heure de cours. J’entraîne dans mes méfaits, Danièle, afin de se délecter d’une raclette jurassienne (là je pense à mon régime… enfin pas longtemps).

Jeudi :

  • Je décline une invitation culturelle pour célébrer le Beaujolais Nouveau ! Je rejoins la douce Paula. La table d’à côté est siégée par des collègues de travail de Paula. Plus ils boivent, plus ils parlent recherche, mathématique et physique… Je me dis, l’alcool aidant, ils vont bien dire un truc salasse… Que nenni « le calcul de l’écart-type bla bla bla »… Ca rigole pas les physiciens !

Samedi :

  • Un ciné (« Ne le dis à personne ») + une soirée brésilienne à l’Illustré. Je discute poésie, droit de l’homme en buvant de la caïpirhina, ça me va.
  • Puis, je joue avec la touffe de cheveux de Soukaïna… Comme elle est gentille et que c’est mon amie elle ne dit rien… Ben oui j’ai plutôt le cheveux fins alors les autres textures ça appel le toucher.

Dimanche :

  • Direction l’auditorium du musée d’art moderne, pour y découvrir l’animation de l’artiste Midor Sakuraï dans le cadre de l’exposition sur les textiles intelligents.

C’est dans ces moments là, que je réalise qu’en province, il n’y a vraiment rien à faire ;-)