Bonjour Madame, j’aimerai voir le médecin. Dans cette unité de soins palliatifs quatre médecins se relayent. Je n’en connaissais que deux. Le troisième vient de prendre sa semaine de garde. Je voulais la rencontrer.

Il y a quelques heures cette femme médecin se tenait face à moi. Je lui ai dit : j’aimerai vous parler parce que l’état de ma mère empire et que c’est dur pour elle. Elle m’a répondu « mais ça doit être dur pour vous aussi » Une chape de plomb s’est alors abattue sur moi. J’ai senti tout le poids de la façade que l’on dresse pour se protéger. Je n’ai pas bronché et ai évoqué tout ce qui pourrait améliorer la condition de maman.

Mais me sont revenus dans la face ces dernières images. Ma mère décharnée sur son lit. Son visage creusé et intubé jusqu’à lui faire perdre son apparence initiale. Ses yeux qui me regardent, les miens qui se perdent dans les siens. Ses quelques mots à peine audible. Moi qui comprend qu’elle veut un peu plus de morphine. Moi qui donne un clic de soulagement. Le bruit étrange de la pompe à morphine qui me prend un peu plus ma mère mais qui la soulage aussi. Mon impuissance à contempler tout ça, à retourner à ma propre vie derrière.

A cette question du médecin, je n’ai pas répondu parce qu’il n’est pas toujours facile s’épancher cette douleur là.