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Un mois.

Un mois complet pour vider l’appartement de ma petite maman qui j’en suis sure trinque une coupe de Ruinart entre deux petits nuages blancs.

Quand début juin, j’ai demandé un mois off à mon boss, je me suis dit que ça faisait beaucoup. Mais comme je passais mon temps à pleurer et qu’au boulot, il n’y a même pas de nappe pour se moucher en réunion, je me suis dit que ça serait une bonne idée.

Là a commencé le déménagement de l’enfer : un mois complet à trier, tenter de vendre quelques trucs, transporter, chercher des solutions et des gens.Un mois rempli par cette activité (et la paperasse qui suit un décès). C’est pourquoi au cas, où un jour il vous arriverai la même chose j’aimerai vous prodiguer quelques conseils :

  • Interdisez à vos parents de mourir. Soyons honnêtes, ça me semble être une bonne base. Perso, d’entrée de jeu, quand nous avions appris le cancer de maman, j’avais été très ferme « Maman t’as pas le droit de mourir, parce que tu n’es pas encore grand-mère » – ce à quoi elle m’avait répondu « Oui ben dépêche-toi de tomber enceinte » et moi de répondre « T’es ridicule si ça se trouve dans deux heures je suis enceinte ».
  • Interdisez-leur de tomber malade. Parce que contrairement aux séries LES MEDECINS NE SONT PAS BEAUX et ça on ne m’enlèvera pas de la tête que ça joue vachement sur la guérison (et les grossesses bien sûr).
  • Tenez tête aux médecins. Moi j’avais été super ferme avec le chirurgien  » Dr avec maman on a bien réfléchi et on en veut pas de votre cancer. C’est trop vulgaire, tout le monde en a. Nous on a décidé d’opter pour une mammoplastie. On a trouvé ça plus joli ». Contre toute attente le chirurgien a réfuté mon diagnostic. Quel manque de professionnalisme !
  • Interdisez-leur de vivre dans des maisons médiévales avec des escaliers pour personnes d’1m30. Je suis très très ferme sur cet aspect. Bien qu’ayant un vif intérêt pour l’histoire, je pense que la règle « la largueur du meuble doit l’emporter sur la largeur de l’escalier » doit être une priorité.
  • Interdisez-leur de s’abonner à toutes sortes de catalogues inutiles. Ca tue des arbres et c’est un tri sélectif interminable. Ma mère recevait même un catalogue pour femmes fortes. Elle faisait du 36.
  • Aimez-les forts de leur vivant. Dites ce que vous avez à dire, aimez comme jamais, vivez l’instant comme s’il était le dernier.

Un grand merci à ma tante Anne (Anne ma tante Anne ne vois-tu rien venir?) –  aux deux Thibault – à Théo – à Ghislaine – au Mr qui m’a prêté sa corde pour passer les meubles par la fenêtre – aux commerçants qui nous on donné des cartons – et à nos petits muscles qui ont bien travaillé.

Si vous saviez, le nombre de questions plus ou moins cohérentes que je me pose, ces temps-ci.

Je me demande : « ça parle quel langage une tumeur ? ». Parce que moi, je lui dirai bien d’arrêter de coller l’aorte, que ça ne sert à rien, qu’elle n’acceptera jamais de danser avec elle. J’aimerais bien pouvoir engueuler les anti-corps aussi. « Hep vous, v’nez par là. Regardez la tronche de ces cellules. Vous foutez quoi bordel ? Faut me détruire tout ça! »

Et puis je me souviens de mes cours dans lesquels j’expliquais aux étudiants les notions de langage verbal et de non-verbal et l’importance de la congruence. Vous savez quand les mots et le corps parlent le même langage. Parce que tout à l’heure, je l’ai surpris ma mère, à manquer de congruence. Elle faisait mine d’aller bien, mais dans son regard j’ai senti la peur. Une peur terrible viscérale.

Ma mère on dirait qu’elle sort de Dachau, elle fait 46 kilos maintenant. Alors, j’ai serré fort sa petite main en priant très fort pour qu’elle croit en ma congruence quand j’ai souri. Elle m’a regardé, puis je me suis transformée en statue de sel, incapable de bouger, pétrie d’impuissance.

Elle m’a regardé droit dans les yeux et elle m’a dit de rentrer. Alors, je lui ai obéit à ma petite maman.

Parce que mes deux dernières journées m’ont semblé être l’éternité, parce qu’à l’instar de Félix dans le Père Noël est une ordure, j’ai les jambes en coton-tiges, j’ai décidé d’aborder cette situation qui me ronge les tripes sous l’angle humoristique :

J’observe avec tendresse que même dans ces moments délicats, ma mère connait parfaitement mes goûts, et plus particulièrement mon addiction à Apple. Elle a déclaré le même cancer que Steve Jobs (cancer du pancréas). Face à la maladie, il faut avoir le courage de regarder la vérité en face.  En remplissant pour ma mère,  le formulaire pré-anesthésie, j’allais répondre à la question « avez-vous des allergies … au préservatif ».  Quand j’ai demandé : « dis-donc maman, il a prévu de faire quoi exactement avec toi, ce médecin ? »

Il faut savoir dans ces moments mettre tout en place pour que la quiétude du patient soit privilégiée et voir la vie du bon côté.  Aujourd’hui, je retrouve ma mère alitée devant la télé.

  • Tu regardes quoi ?
  • Maigret
  • Ah
  • Je l’ai déjà vu 3 fois cet épisode.
  • Ah ben c’est bien, t’aura pas de choc émotionnel quand il va révéler le nom du tueur.

Voir sa mère se tordre de douleur, c’est assez insoutenable. Tout à l’heure, je n’en pouvais plus. Je me suis levée pour aller voir les infirmières. Là, je m’attendais à les trouver dissertant dans un jargon médical sibyllin quand j’entendis « la patiente, elle avait de ces nibards j’te jure ». « Mesdames, bonjour ! ».

Moi je dis que dans des situations aussi critiques toutes les thérapies sont à envisager. C’est alors que j’ai suggéré à maman de prier Jean-Paul II, lui affirmant que s’il avait sauvé une femme de Parkinson, il allait pas chipoter avec une tumeur de 4 cm. Je lui ai affirmé que la tumeur allait disparaître laissant place à une petite cicatrice en forme de Jesus en croix qui se verrait au scanner. Que nous allions le revendre sur Ebay et devenir riche. Les médicaments ne doivent pas bien marcher parce qu’elle ne m’a pas cru.

Ah j’vous jure !

Ma mère ça fait un bout de  temps que sa santé m’interpelle. Elle se plaignait du ventre. Elle est allée voir deux médecins (son médecin traitant puis son remplaçant). Ils lui ont donné des médicaments pour ne plus qu’elle ait mal au ventre. Mais ma petite maman, elle restait alitée et sans vraiment manger. Elle est retournée voir le médecin généraliste, qui lui a dit « ah mais ça c’est tout à fait normal ma p’tite dame. C’est la vésicule biliaire qui déconne, il faut la retirer ».

Puis tout à l’heure, nous sommes allées à la clinique. Quand j’ai vu ma mère, j’ai cru qu’elle voulait passer un casting avec Bruce Lee. Je ne pensais pas qu’un humain puisse être aussi jaune. « C’est le foie qui morfle » m’a t-elle dit. Bon d’accord. Le chirurgien, lui pensait que c’était quand même pas sur que ce soit la vésicule et qu’avant de retirer la bête, un scanner ça serait bien. Môman a passé son scanner. On a attendu et nous sommes retournées voir le chirurgien. Là, il nous a dit : « au scanner, ils vous ont dit ? » On a pas voulu avoir l’air bête, on a dit « oui ». Rassuré, il a poursuivi « bon alors pour ce genre de cancer du pancréas … « .

Il y a des instants qui changent à jamais votre réalité. Il y a quelques heures, j’ai vécu l’un de ceux là.

– Allo ?!
– J’comprends riiiiiiiien ?!
– Tu ne comprends rien à quoi, Maman ?
– Ca m’a mangé mon Bookworm !!!!
– Comment ça, ça t’a mangé ton Bookworm ?
– La version Deluxe ! Elle cache tout.
– Qu’est ce qui s’affiche à l’écran Maman? Je ne vois rien c’est pas facile, il faut que tu me dises ce que tu vois.
– Rien… Le machin Deluxe. Aiddddddde-moi ! Je ne peux pas revenir au jeu !!! A chaque fois c’est pareil, déjà chez ton oncle, on était coincé !
– Maman, je ne vois rien, lis -moi ce qui s’affiche !!! Bon ferme cette saloperie d’Internet Explorer et ouvre Mozilla.
– Attends, attends … Alors … Oooh …. Ca s’affiche pas….
– Quoi ?
– Ou la la attends, ça me parle du pleujain.
– Du quoi ?
– Du pleujain.
– Je ne vois pas de quoi tu me parles, Maman.
– Beeeeen du pleujain ,moi je te lis ce qui il y à l’écran enfin !
– Ahhhhhhhhh du Pluggin !!!!