Si vous saviez, le nombre de questions plus ou moins cohérentes que je me pose, ces temps-ci.

Je me demande : « ça parle quel langage une tumeur ? ». Parce que moi, je lui dirai bien d’arrêter de coller l’aorte, que ça ne sert à rien, qu’elle n’acceptera jamais de danser avec elle. J’aimerais bien pouvoir engueuler les anti-corps aussi. « Hep vous, v’nez par là. Regardez la tronche de ces cellules. Vous foutez quoi bordel ? Faut me détruire tout ça! »

Et puis je me souviens de mes cours dans lesquels j’expliquais aux étudiants les notions de langage verbal et de non-verbal et l’importance de la congruence. Vous savez quand les mots et le corps parlent le même langage. Parce que tout à l’heure, je l’ai surpris ma mère, à manquer de congruence. Elle faisait mine d’aller bien, mais dans son regard j’ai senti la peur. Une peur terrible viscérale.

Ma mère on dirait qu’elle sort de Dachau, elle fait 46 kilos maintenant. Alors, j’ai serré fort sa petite main en priant très fort pour qu’elle croit en ma congruence quand j’ai souri. Elle m’a regardé, puis je me suis transformée en statue de sel, incapable de bouger, pétrie d’impuissance.

Elle m’a regardé droit dans les yeux et elle m’a dit de rentrer. Alors, je lui ai obéit à ma petite maman.

38 Comments

  1. J’imagine combien cette épreuve est difficile.
    Pour le langage de la tumeur, si tu ne connais pas, je t’invite à te tourner vers les travaux du Dr Hammer.

    • TheCélinette Reply

      Oui une amie m’en avait parlé, il y a un bail. Le lien entre la maladie et l’affectif il me semble.

  2. Ginie et son paillasson Reply

    Elle a de la chance de t’avoir, ta maman.

    • TheCélinette Reply

      Oui elle, me dit ça aussi. Moi je trouve que j’ai la plus ‘choupie des mamans :)

  3. que dire ? sinon bon courage
    et aussi que ce sont des moments d’authenticité

  4. mrsclooney Reply

    plein de courage à toi ma belle et plein d’autres trucs aussi, je découvre ce matin ce que tu (vous) vivez en ce moment….
    je t’embrasse fort

  5. Daniel T. via Facebook Reply

    Très joli texte, très juste.
    Tu as toute ma sympathie, toute mon empathie…

  6. Karin W via Facebook Reply

    Je pense très très fort à toi, ma Célinette et je t’envoie pleins d’ondes positives !

  7. Quand on traverse une épreuve, je ne sais pas quel impact peuvent avoir les mots de réconfort, surtout quand ils viennent d’une inconnue comme moi. Mais très sincèrement, je suis profondément émue quand je te lis.
    Soyez fortes toutes les deux…

  8. Stéphane Roux Reply

    Depuis que j’ai lu ton premier message sur la maladie de ta maman, je me demande comment verbaliser avec justesse le soutien que j’aimerais pouvoir t’adresser ; ça n’est pas facile, alors je vais me contenter de lancer (virtuellement) tout autour de toi une pluie de paillettes dorées, de celles qui s’attachent à nous, qu’on ramène à la maison, et qu’on retrouve trois semaines plus tard dans l’endroit le plus incongru, nous arrachant un petit sourire en souvenir de cette pluie étoilée…

  9. Je préfère le mot « cancer » au mot « tumeur » ; mais si vraiment on parle à la « tu-meurs », il faut lui répondre par l’ « en-vie »… oui, exactement, par son ou ses envies.

    Deuxième considération : contrairement à Orfeenix, à votre colère à l’égard des anticorps et à une bonne partie de la pratique médicale occidentale actuelle, je ne suis pas du tout d’accord qu’il faille considérer le cancer comme un ennemi contre lequel lutter. Si on le voit en termes guerriers, fatalement on succombe dans le combat. Songeons au contraire que :
    1-les cellules cancéreuses, ce sont les propres cellules du corps atteint ; la métaphore du corps étranger que Pasteur a introduite pour les infections et les maladies contagieuses n’a absolument pas cours ;
    2-que si le cancer a raison du reste du corps qui le nourrit, il disparaît avec lui, exactement en même temps ;
    3-par contre ce qui vient de l’extérieur du corps, c’est la raison profonde pour laquelle ce corps à un moment donné a refusé de se débarrasser de cellules devenues folles (et que, soit dit en passant, toute personne saine, tout au long de sa vie, produit aussi avec une certaine fréquence, sauf qu’elle parvient à les éliminer en deçà d’un certain seuil d’accumulation…)-
    4-par conséquent, sans peur et sans combat, je pense que la meilleure chose qu’un malade puisse faire, c’est d’essayer de comprendre quelle est cette raison profonde, physique ou métaphysique, et une fois comprise, qu’il envoie à son corps (ou à son organe malade) le message clair que le cancer n’a plus de raison d’être ;
    5-surtout après une opération qui a physiquement extirpé les cellules atteintes, le malade devrait visualiser son corps par la métaphore suivante : « j’avais un caillou que je tenais fort dans ma main sans le savoir, et maintenant je l’ai lancé loin de moi », ou alors « j’avais avalé une arrête de poisson et je l’ai finalement recrachée ».

    Cela, ce ne sont que les réflexions d’un gros lecteur qui a vécu de près (deux fois) ce genre de situations. Elles sont aussi nourries par un splendide ouvrage autobiographique qui hélas n’a pas été traduit en français (sinon je vous l’aurais déjà conseillé voire envoyé).
    Cependant, bien entendu, ce ne sont pas des avis de médecin, et je ne m’aviserais pas de faire refuser à un patient des traitements aussi « guerriers », toxiques et lourds à supporter que la chimiothérapie et la radiothérapie. Pourtant, peut-être, les deux derniers points, quand même…

    Très amicalement à vous,
    apo

    • Très joli, apo !!!

      On voudrait savoir inventer la phrase magique qui console, fabriquer des talismans qui marchent… etc…
      J’ai tendance à penser quand ce genre de saloperie nous arrive que c’est une histoire qui est en train de s’écrire, notre histoire, et que si toutes nos vies étaient lisses, sans heurts, il n’y aurait rien à dire, rien à raconter.
      Et très sûrement aussi, tu auras la chance de vivre des moments uniques avec ta mère. Car ça existe aussi, quand tout va bien, de juste « passer à côté » des gens…
      Bon courage ! On pense à toi…

  10. Ce texte est vrai, et c’est pour cela qu’il est si touchant.

    J’ai eu une pensée pour toi, tout à l’heure au travail, et je voudrai juste te dire que tu as toutes mes pensées positives en ce moment : )

  11. On ne discute pas avec le mal, on le combat, et vous êtes un vaillant petit soldat… mais ne vous oubliez pas dans l’ affaire, car je suis sûre que vous aussi vous devez manquer de congruence de temps en temps pour faire la forte!

    • TheCélinette Reply

      Oui là je commence à avoir une tête qui fait peur, donc remontage de pente au programme :)

  12. Cher apo, votre témoignage est vraiment intelligent et je n’ y vois aucune contradiction, mais en tant que rescapée, j’ oserai affirmer que le combat est l’ attitude la plus rapide et donc la plus momentanément efficace, et en tant qu’ adepte de Mimoun avec son livre  » les maux pour le dire » j’ affirme que vous avez raison, mais que c’ est un remède un peu plus long.Bravo en tout cas à the célinette qui se bat sur tous les fronts!

  13. terrible epreuve
    le reconfort et la presence ,comme le sourire et la rigolade pas toujours facile mais vraiment important pour ta maman
    bon courage,saloperie de maladie

  14. la guérison passe pour 50% dans le moral et dans le soutien, parait il. Le reste, la chimie, reste affaire des médecins.

    La maladie saute au nez du malade bien sûr, mais elle saute à la « gueule » de tous les êtres qui aiment la personne. Ta Maman sait qu’elle est bien entourée désormais. Elle est prête pour le combat, sait que tu seras derrière elle, à ses côtés, elle te verra comme une femme forte et sera fière de sa fille.

    Sois fière d’elle aussi.

    Une écriture intelligente, issue d’une de tes anciens mondes virtuels

    http://www.la-maison-du-cancer.com/blogs/marina

  15. Je viens régulièrement ici pour voir « s’il y a du nouveau ».
    Donne-nous de vos nouvelles !
    Bises

  16. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’avoir copié une partie de votre texte et d’y faire référence dans le « Sac à fouilles » de ce lundi 14 février. Son intérêt me semble évident et comme il mérite d’être largement distribué, j’y vais de ma modeste participation

    • TheCélinette Reply

      Merci pour le relais de cet article qui compte particulièrement pour moi :)

  17. Dans ces situations, il y a si peu à dire et pourtant tant à exprimer.
    Célinette, courage et le meilleur pour ta Maman.

  18. Touchant. Émouvant.

    (« Puis je me suis transformée en satue de sel ». En statue je pense non? Très joli texte.)

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