Si vous saviez, le nombre de questions plus ou moins cohérentes que je me pose, ces temps-ci.

Je me demande : « ça parle quel langage une tumeur ? ». Parce que moi, je lui dirai bien d’arrêter de coller l’aorte, que ça ne sert à rien, qu’elle n’acceptera jamais de danser avec elle. J’aimerais bien pouvoir engueuler les anti-corps aussi. « Hep vous, v’nez par là. Regardez la tronche de ces cellules. Vous foutez quoi bordel ? Faut me détruire tout ça! »

Et puis je me souviens de mes cours dans lesquels j’expliquais aux étudiants les notions de langage verbal et de non-verbal et l’importance de la congruence. Vous savez quand les mots et le corps parlent le même langage. Parce que tout à l’heure, je l’ai surpris ma mère, à manquer de congruence. Elle faisait mine d’aller bien, mais dans son regard j’ai senti la peur. Une peur terrible viscérale.

Ma mère on dirait qu’elle sort de Dachau, elle fait 46 kilos maintenant. Alors, j’ai serré fort sa petite main en priant très fort pour qu’elle croit en ma congruence quand j’ai souri. Elle m’a regardé, puis je me suis transformée en statue de sel, incapable de bouger, pétrie d’impuissance.

Elle m’a regardé droit dans les yeux et elle m’a dit de rentrer. Alors, je lui ai obéit à ma petite maman.